Les communautés : nouvelle frontière de l’innovation

Portrait de Olivier Reaud
Les innovations n’ont jamais été aussi rapides à transformer nos vies et en même temps jamais aussi risquées pour les innovateurs à être mises en œuvre.

Pourquoi certaines innovations brillantes sont purement et simplement rejetées alors que d’autres, apparemment simples, se propagent et s’installent dans nos usages quotidiens ? Quelle nouvelle donne se dessine aujourd’hui dans le paysage de l’innovateur ?

Le risque de l’innovation n’est plus dans le fonctionnement incertain d’une technologie ou ses éventuels dommages collatéraux (effet indésirable, conséquence environnementale), tous ces risques sont désormais pris en compte par des processus d’innovation de plus en plus maîtrisés.

Le risque, aujourd’hui, c’est la non adoption de l’innovation par ses utilisateurs potentiels. Beaucoup de technologies, de produits, de services, demeurent des investissements perdus car ils n’ont pas été compris, aimés, adoptés par les utilisateurs.
Le risque, aujourd’hui, c’est la non adoption de l’innovation par ses utilisateurs potentiels.D’autres, très simples, s’installent dans nos usages quotidiens par contagions invisibles comme le Web 2.0 : wikis, blogs, partage de photos, de vidéos… Une valeur ajoutée technologique limitée, une valeur d’impact social élevée.

L’innovateur qui avait déjà intégré le design comme facilitateur de réussite, perçoit qu’il faut prendre en compte une nouvelle composante : la dynamique de propagation des usages. Certaines innovations engendrent des phénomènes de communautés, des dynamiques de réseaux, d’autres nécessitent des efforts considérables de pédagogie.

Ces différences de résultats ne sont pas dues au hasard. Ces innovations réussies sont toutes nées d’une approche collaborative impliquant des utilisateurs dans la genèse du projet et développant l’innovation avec eux dans des communautés.

Ces communautés constituent des laboratoires d’adoption sociale autant que des sources de créativité. Bien sûr, il y a plus d’idées dans « n » têtes que dans une, mais la puissance du phénomène n’est pas là. Les communautés régulent les dimensions pertinentes des innovations en entrant en résonance avec des concepts facilement partageables, en validant ce qui pourra se propager, censurant ce qui est trop complexe. Du collectif intelligent, sort le simple, le modeste, le pertinent.

Cette composante communautaire qui s’est développée de fait sur quelques domaines désormais visibles pourrait être systématisée sur un nombre plus étendu d’innovations afin d’améliorer sensiblement leurs chances de succès.

Comment mettre en pratique concrètement ce type d’approche ?

In Principo, conseil en facilitation de projets, propose aujourd’hui une expertise sur les dynamiques sociales appliquées à l’innovation.


Ce post est publié conjointement avec l'Ie Club, le Club de la I-Tech Economie (www.ie-club.com).

En savoir plus : Collaboration et Innovation

Commentaires

Convaincre les chefs

Il y a un livre extraordinaire de Michel Goyal,"La chair et l'acier", qui évoque les évolutions de la doctrine militaire entre 1914 et 1918. La lutte entre les tenants de l'offensive et du mouvement comme Joffre et Castelnau d'une part, et ceux de la préparation et de la méthode comme Pétain et Estienne d'autre part s'opposaient farouchement, l'orthodoxie étant du côté de l'offensive. Il est intéressant de voir que Pétain a fini par l'emporter par une combinaison de deux facteurs :

1 - Disqualification de l'orthodoxie qui clairement montrait ses limites --> crise majeure

2 - Les premiers résultats positifs de l'expérimentation méthodique des technologies nouvelles, lorsque les soldats sur le terrain se les sont appropriées et en ont inventés d'autres usages non prévus --> innovation sur le terrain.

Il est intéressant de voir que Pétain a du lutter contre les mêmes arguments qu'on nous oppose au fond: l'autorité du chef, la perte de temps en parlottes, le danger de trop diffuser le savoir.