Décidément, le monde bouge en 2008. Le World Economic Forum de DAVOS a choisi pour thème la « puissance de l’innovation collaborative ».

Il s’agit d’un acte fort. La reconnaissance du changement de modèle qui s’opère dans nos entreprises, dans l’économie, dans la société.

Pour la première fois un concept de management a comme essence une dynamique collaborative. Un concept de création de valeur se fonde sur l’imagination de l’homme en collectif.

Il y a là, deux évolutions en une. La première était attendue. L'inventivité devient plus importante que la seule productivité. La seconde est une révolution managériale : cette inventivité est d'autant plus performante qu'elle est collective ! Elle se base sur la collaboration d'intelligences différentes, de personnes aux richesses humaines diverses, aux sensibilités différentes, qui savent travailler ensemble, qui se font confiance.

Il y a surtout deux questions concrètes : comment les entreprises vont elle mettre en pratique cette rupture ? Comment vont-elles mettre en oeuvre cette mutation au sein même de leur organisation ?

Pour comprendre comment, revenons sur la nature de cette évolution.

La « puissance de l’innovation collaborative » marque en effet un virage à 180°dans l’histoire économique et managériale.

Pendant un siècle, le mot d’ordre a été productivité. Chaque nouvelle mode managériale a contribué à renforcer cet axe par la massification des volumes, puis la qualité totale, la réduction des coûts, la réorganisation des processus orientés client (reengenering). Imperceptiblement la formalisation croissante a augmenté la rigidité des organisations, la dépossession des acteurs de leur métier. Pour contrebalancer ces effets pervers déjà identifiés, la décentralisation a cherché à responsabiliser les acteurs de terrain sur leur implication opérationnelle. Pertinent. Sauf que, pour se différencier, s’adapter, il faut innover, et pour innover il faut savoir tout remettre en cause. Et on ne peut se remettre en cause tout seul dans un système. Il faut revenir au "ensemble" au "collectif", pour évoluer, pour inventer.

Désormais, la performance doit se réinventer en continu. Et Inventer quand on a arrêté de penser l’œil figé sur ses objectifs immédiats, c’est très difficile !

Aujourd’hui, la complexité toujours croissante du réel, l’intensification de la dynamique des échanges et du jeu concurrentiel dessine un monde où l’avantage suprême n’est plus à ceux qui sont les plus productifs, mais à ceux qui sont capables de tout réinventer collectivement : produits, services, organisation.

Nos organisations ne doivent pas s’approprier un concept de management de plus. Nos organisations doivent apprendre tout ce qu’elles ont désappris : penser ensemble pour innover ensemble. L’intelligence collaborative comme moteur de l’économie. Voilà ce que Davos a acté pour thème central de cette année. C’est énorme.

Ne croyons pas une fois de plus que sur ce sujet nous soyons, nous français ou européens, à priori les mieux placés. Il y a certes le mot intelligence. Nous en avons à revendre (nos cerveaux se vendent bien à l’étranger). Mais il y a le mot collaboratif. Les asiatiques et les américains par exemple savent très bien collaborer, humblement échanger en réseau pour réussir ensemble.

Alors comment faire ? Contrairement aux précédentes modes managériales, la collaboration ne se décrète pas à coup d'ATL (Acronymes en Trois Lettres), elle ne s’installe pas à coup d’expertises internes ou externes. La collaboration est une dynamique qui se suscite.

L’innovation collaborative implique de nouvelles approches, de nouvelles attitudes, de nouvelles conceptions du travail : savoir créer des espaces de liberté, développer des dynamiques informelles d’échanges, encourager le foisonnement pour trier plus tard, mettre en place des mécanismes de gouvernance, rendre acteur ses collaborateurs, encourager la diversité de points de vue, co-responsabiliser, donner le droit à l’erreur, faire confiance. En synthèse : changer radicalement de mode de management.

Les mouvements spontanés de l’Open Source, puis du web 2.0 en sont de brillantes démonstrations. Les acteurs de ces dynamiques-là ne sont pas individuellement plus intelligents ; ils sont collectivement, par leur capacité collaborative, par leurs échanges, leur confiance réciproque, ensemble, puissamment innovants.

L’innovation collaborative n’est donc pas un concept qu’il faut inventer. C’est un concept qu’il faut mettre en œuvre dans nos organisations économiques. Et c'est ce que nous dit l'agenda de Davos, c’est désormais le sens de l’histoire. Et ceux qui l’ignorent auront tôt-fait de se faire rattraper par elle ou, pire, de sombrer dans son oubli.

Il existe des acteurs spécialisés dans la mise en place de ces nouveaux modes de management. In Principo est l’un des rares de ceux-là en France.
Merci aux organisateurs du WEF de Davos d’avoir mis en lumière si brillamment ce pour quoi nous travaillons depuis avril 2002.

Je souhaite pour conclure souligner la parution récente (décembre 2007) d’un excellent ouvrage sur les transformations managériales associées à l’innovation collaborative : Organisation 2.0, de Martin Roulleaux-Dugage. Un livre pertinent et complet sur les enjeux autant que sur les modalités pratiques de mise en œuvre. À lire d’urgence pour comprendre ces transformations que nous vivons.

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