Bonne nouvelle, le collaboratif occupe une large place désormais dans la réflexion de l'encadrement des organisations. Mais pourquoi faut-il être collaboratif ? Pour seulement plaire à la génération Y ou pour la performance même de l’entreprise ?
Les esprits éclairés se rangeront sur la deuxième option. Dans notre société mondialisée, complexe, rapide, dématérialisée, il parait effectivement évident et nécessaire d’être intelligents ensemble pour s’adapter, agir, innover.
Evident ? Pas sûr. Être un esprit éclairé ne suffit pas pour emporter l’adhésion des autres dirigeants d’une entreprise. La vision doit pouvoir être démontrée au delà de l’intuition. Que répondre en effet aux gardiens de la sagesse financière quand ils vous lancent, en réunion budgétaire, un sourire pincé : « Messieurs du deux point zéro, quel retour sur investissement pour votre affaire ? ».
Comment leur répondre clairement en quelques minutes ?
Bien évidemment, vous ne pouvez leur répondre par une démonstration classique se limitant à identifier des « savings » sur des déplacements évités, des actions économisées, des économies d’échelles, de l’optimisation sur des processus mécanistes stables.
Pour démontrer, il est nécessaire de changer de référentiel et se fonder sur la réalité de la création de valeur des entreprises d’aujourd’hui.
L’économie d’aujourd’hui s’organise autour de processus de nature essentiellement immatérielle : innovation, agilité, efficience. L’entreprise agrège et transforme des idées, combine les talents et les ressources de son écosystème, construit de la valeur par le développement de dynamiques collaboratives qui ont du sens pour les acteurs qui en sont parties prenantes. Réputation, connaissance, contextualisation, ce qui fait la différence, la valeur d’une entreprise, c’est du sens, de l’intelligence.
Comment élaborer cette création de valeur avec des « collaborateurs » enfermés derrière des tâches mécanistes, cloisonnés dans des systèmes d’information rigides, isolés les uns des autres selon leur niveau hiérarchique, leur service, leur localisation ?

Si la valeur ajoutée de l’entreprise d’aujourd’hui, c’est l’intelligence, il faut démontrer qu’il ne s’agit pas d’une addition d’intelligences isolées mais d’une entreprise développant une intelligence globale de la combinaison (intelligente) de celles de ses collaborateurs et de ses partenaires.
A la question posée, quel retour sur investissement pour l’entreprise collaborative, je propose de répondre dans un premier temps par une autre question : quel retour sur investissement aujourd’hui pour l’entreprise non collaborative ?
Posons en retour la question : Quel retour sur investissement aujourd’hui pour l’entreprise non collaborative ?
Autrement dit : comment une entreprise dont les actifs cotés et certifiés sont composés, pour la plupart à plus de 50% d’immatériels peut-elle ne pas se réorganiser autour de processus permanents de création de valeur centrés sur ces actifs immatériels ?
L’entreprise collaborative sait mesurer aujourd’hui sa performance en termes de croissance, d’agilité opérationnelle, de rythme d’innovation, d’implication humaine, de capacité à mobiliser son écosystème.
Des exemples phares sont déjà visibles. La sagesse financière consiste désormais à considérer ce modèle gagnant comme le bon modèle !
La question n’est donc plus faut-il y aller, mais comment y aller ? Comment mettre en œuvre les dynamiques collaboratives qui servent les finalités de l’entreprise ?
Comment maitriser les conditions opérationnelles de ce changement, les pratiques managériales, les infrastructures technologiques et les outils numériques qui les rendent possibles ?
Si l’alternative est claire, quid de la mesure de cette nouvelle nature de retour sur investissement ?
Avec Jacky Ouziel*, auteur d’une méthode sur l’évaluation des actifs immatériels (méthode reconnue par la CNCEF et la CNCIF), nous allons engager une série de trois articles sur les outils et méthodes nécessaires pour travailler avec ces nouvelles réalités à dominante immatérielle :
1. Comment mesurer la création de valeur en immatériels ?
2. Comment apprécier l’investissement en management collaboratif en tant qu'actif immatériel clé de l'organisation ?
3. Comment appréhender les questions de retour sur investissement dans l’économie immatérielle ?
A très bientôt,
*Jacky Ouziel est conseiller en investissement financier et secrétaire général de la CNCEF (Chambre nationale des Conseillers en Investissement Financier, association sous tutelle de l’AMF).